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Monde fini ou nouvelles frontières/Les actes de la10�me Universit� d'�t� (2006)
chapitre "Quand la France se réveillera" :
 
 
Le reveil de la France

Brice Hortefeux, ministre d�l�gu� aux collectivit�s territoriales

Le choix de l’Auvergne pour lieu de l’Université d’été des CCI ne peut être anodin. Cette région qui, de l’extérieur, peut paraître défavorisée, possède en réalité beaucoup d’atouts. Hors Ile-de-France, elle est la deuxième région exportatrice par habitant. L’entreprise Michelin, qui est la seule de niveau mondial à ne pas avoir son siège en Ile-de-France, y joue un rôle décisif. Vous y trouverez aussi Sanofi, Limagrain, Volvic et ses 7 millions de bouteilles/jour, et enfin, Théa, premier laboratoire indépendant d’ophtalmologie. En Auvergne, la part d’emplois industriels est supérieure à la moyenne nationale : 20,4% contre 17,4%.


La France assoupie
Avant de se demander si le réveil de la France est possible, il faut faire un bilan réaliste de notre situation. Une fois les Trente Glorieuses derrière nous, les gouvernements successifs n’ont pas toujours pris la mesure des événements et des enjeux. La France n’a pas engagé les réformes structurelles dont elle avait pourtant besoin. Ne s’étant pas adapté, le pays s’est retrouvé à la traîne dans un certain nombre de domaines.
Notre système d’instruction présente des signes préoccupants. A cet égard, l’enquête de l’Université de Shanghai parue récemment dans la presse m’a frappé. Elle classe les 500 premières universités et écoles mondiales. La première université française apparaît au 46e rang et la première école, Polytechnique, seulement au 208e. Notre système éducatif a décroché du peloton de tête. Une réflexion sur l’émiettement du système universitaire français est donc indispensable. Il encourage des études trop longues et trop généralistes qui ne garantissent pas l’emploi, contrairement à l’apprentissage. De plus, ce système n’est plus compétitif. Par exemple, il n’envisage pas sérieusement le bilinguisme ou le trilinguisme. Notre pays ne pourra se réveiller qu’après avoir engagé une refonte de son système éducatif qui le rendra plus performant et ouvert sur le monde du travail.

D’autre part, le problème de l’âge de départ à la retraite pour nos concitoyens, est un sujet encore tabou qui cristallise les conservatismes de tous ordres. Il ne s’agit pas ici de repousser radicalement l’âge de départ à la retraite mais il est question d’efforts collectifs. Il faut regarder l’évolution des autres pays européens. Au mois de juillet, l’Allemagne a engagé une réflexion sur le report de l’âge de la retraite à 67 ans.
Le Danemark a fait de même. Le Portugal a mis en route une réforme, qui court jusqu’en 2015, pour aligner l’âge de départ à la retraite de la fonction publique sur celle du privé. Ces réformes ont lieu à notre porte mais par manque de pédagogie, elles ne suscitent aucun débat dans notre pays.

Par ailleurs, nous sommes au premier rang du nombre de jours de congés avec 39 par an en moyenne, devant l’Allemagne avec 27, la Grande-Bretagne avec 24, le Canada avec 19 et les Etats-Unis avec 14. La France est également le pays qui a le moins d’heures travaillées avec 1481 heures par an et par salarié français, contre 2088 heures en moyenne pour les autres pays développés. Conséquence : les 196 premiers jours travaillés de l’année le sont pour les prélèvements obligatoires et cotisations sociales et les Français ne travaillent pour eux qu’à partir du 17 juillet.

La France est aussi à la traîne dans d’autres domaines. Ces 15 dernières années, 62 prix Nobel scientifiques ont été remis aux Américains, 9 aux Anglais et 7 aux Allemands. La France est en queue de peloton avec 4 prix.
C’est une inversion totale par rapport aux 50 années précédentes. En outre, le forum de Davos a placé la France au 30e rang mondial en ce qui concerne la compétitivité. Un pays comme l’Islande est loin devant nous. Enfin, depuis 1980, l’Allemagne a connu 9 gouvernements, l’Espagne 8, la Grande-Bretagne 7 et la France 26. L’instabilité ministérielle est beaucoup trop forte au sein de l’Hexagone.


Des signes de vitalité
Loin de sombrer dans un quelconque catastrophisme, il est nécessaire que nous sachions aussi mettre en avant nos atouts. Notre modèle social n’est pas mort mais il n’évolue pas. Il faut donc engager des réformes. Les changements ont déjà commencé et certains signaux sont très encourageants. Le taux de croissance s’améliore, il sera cette année de 2,5%. Les statistiques des douanes prouvent que la France bat des records d’exportation, avec une progression de 7,5% par rapport au premier semestre de l’année dernière. Les finances publiques commencent à s’améliorer grâce au surplus fiscal de la TVA et de l’impôt sur les sociétés.
La tendance sur le marché de l'emploi s’est inversée. Le chômage a baissé de 10,2% à 9,2%. Toutes les deux minutes, un homme ou femme retrouve une activité professionnelle. La population dans les zones rurales augmente deux fois plus vite que dans les zones urbaines (hors Ile-de-France). Le rôle de l’Etat est d’accompagner ces signaux encourageants.


Des changements nécessaires
Pour pérenniser ces succès, il est nécessaire de suivre trois pistes de changements.
Les politiques de partage du travail et de création de richesses doivent encourager l’initiative. Or ce n’est actuellement pas le cas en France. Je suis frappé par le chiffre des créations d’emplois marchands. 82% des créations nettes d’emplois au cours des 25 dernières années ont concerné le secteur public. Ces créations ont donc en réalité été financées par l’impôt. Cela doit changer car c’est le coeur de notre problème social. Sans rien à distribuer, le problème de la création de richesse finit obligatoirement par devenir un problème de redistribution. Aujourd’hui, la politique sociale est concentrée sur les plus pauvres. Les catégories intermédiaires ont le sentiment, souvent à juste titre, d’être toujours assez riches pour devoir payer leurs impôts et jamais assez pauvres pour pouvoir bénéficier des prestations.

D’autre part, nous devons engager une politique de plein emploi. Il faut commencer par encourager l’activité, celle des seniors naturellement, mais aussi des jeunes, des femmes et des titulaires des minima sociaux. L’écart entre les revenus tirés de l’assistance et ceux tirés du travail doit être plus important. Il faut impérativement supprimer tous les effets de seuil. Aucun titulaire de minimum social ne devrait rester sans exercer une activité susceptible de l’amener progressivement à reprendre un emploi marchand. Par conséquent, il faut encourager ceux qui veulent travailler, notamment en réduisant les charges sociales sur les heures supplémentaires.

Enfin, notre droit du travail doit être modernisé en profondeur. Celui-ci doit cesser de décourager les créations d’emplois et accréditer l’idée selon laquelle salariés et entreprises forment deux camps opposés. Il faut le simplifier, faire en sorte de privilégier le contrat de travail à durée indéterminée et encourager l’embauche dans les entreprises qui se développent sans compliquer la vie des entreprises en difficultés. Dans cette perspective, le dialogue social prend toute son importance. Les gouvernements connaissent des difficultés dès lors qu’ils n’ont pas d’interlocuteurs syndicaux suffisamment représentatifs.


Rendez-vous en 2007
Les élections présidentielles et législatives vont donner lieu à des réflexions importantes sur l’ensemble de toutes ces questions. La dernière fois, les débats ont été escamotés par la particularité d’un des deux candidats du deuxième tour. Cette absence de débat est sans doute l’une des raisons de la lenteur des réformes. Rien n’a été évoqué sur les retraites, la construction européenne, le social, le droit du travail.
En général, la population doute de la parole et de l’engagement des responsables publics et gouvernementaux. Une grande exigence devra être de mise lors de ce prochain débat. Les différents candidats devront prendre des engagements sur les réformes mais aussi, et cela est nouveau, sur le calendrier des réformes. Je suis persuadé que ce qui était un élément subalterne des précédents grands scrutins doit devenir un élément de fond essentiel afin de restaurer la crédibilité des politiques.

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