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| chapitre "Quand
la France se réveillera" : |
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Notre futur vu par des entrepreneurs
créatifs
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Nicolas
Bordas, PDG
de TBWA France, dipl�m� de l�ESSEC
Au mois de février dernier, j’ai écrit
un article dans “Le Monde” sur le thème
de l’optimisme comme devoir civique. Je défendais
la thèse selon laquelle nous devions développer
un optimisme de la volonté s’opposant, à
la fois, au pessimisme ambiant et à l’optimisme
béat. J’étais, à ce moment, très
affecté par le thème du déclin et l’avènement
d’un certain marketing de la peur. Je crois que nous
sommes en train de sortir de ces deux spirales et je voudrais,
à ce propos, m’interroger sur la notion de risque.
L’idée de “risque zéro”
est dangereuse
L’idée d’un “risque zéro”
est dangereuse et néfaste pour une société
entreprenante. Lorsque vous demandez à un Français
quelle est la phrase la plus populaire associée au
risque, il vous répond : “qui ne risque rien
n’a rien”. Lorsque vous posez cette même
question à un Américain, la réponse est
: “high risk, high return” à savoir
qu’un risque important amène un retour sur investissement
important. Nous avons absolument besoin de réapprendre
la notion de risque. Dans mon domaine, et pour les Anglo-Saxons,
la création publicitaire est un investissement ; pour
la plupart de mes clients français, l’investissement
publicitaire est perçu comme une dépense.
Communiquer le goût d’entreprendre
Ces observations m’amènent à proposer
deux initiatives. Tout d’abord, il est nécessaire
de valoriser le succès de ceux qui ont pris des risques.
Nous pourrions tout simplement, médiatiser - par exemple,
chaque soir, avant ou après le journal de 20h00 sur
TF1 - des situations de réussite d’entrepreneurs.
D’autre part, nous devons agir contre ce besoin actuel,
exprimé par une partie de nos concitoyens, de sécurité
professionnelle absolue associée au fonctionnariat
et à la protection étatique. Les associations
peuvent jouer un rôle important en la matière
et mener nos jeunes vers une plus grande responsabilisation.
A cet égard, l’expérience écossaise
du “Room thirtheen”(salle 13) me semble digne
d’intérêt. Il s’agit d’une
classe de création autogérée pour des
enfants de 12 à 14 ans. L’idée est de
promouvoir, en dehors des heures de cours, la dimension créative
de chaque élève avec la participation d’un
artiste dont il faut payer le matériel. Cette initiative
a été soutenue par notre agence de communication
(TBWA) qui a permis l’ouverture de deux “Room
thirtheen”, à Soweto. Nous avons constaté
que les jeunes étaient capables de manager et gérer
une association. A travers cet exemple, je remarque que nous
pouvons aisément leur communiquer le goût d’entreprendre.
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Yseulis
Costes, fondatrice
et PDG de 1000Mercis, dipl�m�e du magist�re de sciences de
gestion et du DEA de marketing et strat�gie de l�Universit�
Paris-Dauphine
Que signifient l’entrepreneuriat et l’innovation
? La France est-elle suffisamment entreprenante ? A ces interrogations,
difficile de répondre en peu de mots.
La France cloisonnée pénalise
l’échec
En France l’univers de la recherche et celui de l’entreprise
sont culturellement deux mondes séparés. Cet
éloignement pénalise très fortement la
compétitivité française. En outre, notre
pays est victime de sa peur de l’échec. Nous
avons également une trop grande aversion au risque,
à la différence des mentalités anglo-saxonnes.
L‘entreprenariat doit laisser une place plus importante
au facteur humain. Dans les métiers du numérique,
totalement immatériels, l’homme revient au centre
de l’organisation des entreprises. Malheureusement,
le carcan du droit du travail français ne favorise
pas la prise d’initiative, le dépassement de
soi, l’effort justement récompensé. Nous
sommes loin du travail vécu comme une aventure humaine.
Prendre goût à la croissance
D’autres dispositifs législatifs ou réglementaires
bloquent également le potentiel d’innovation.
Un seul exemple permet d’illustrer ce phénomène
: pour être classé comme JEI (Jeune entreprise
innovante), il est nécessaire d’avoir plus de
4% de ses dépenses en R&D. Mais, en France, l’impôt
est aussi compris dans les dépenses. Par conséquent,
une JEI doit payer ses impôts et faire plus de 15% d’innovation.
Cette situation n’est pas tenable.
Enfin, nous devons prendre goût à la croissance.
Le chiffre d’affaires de 1000Mercis double tous les
ans. Ceci est une vraie source de satisfaction et de motivation
pour l’ensemble des collaborateurs. Nous devons pouvoir
transmettre à nos équipes ce même désir
de réussite économique. |
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Elisabeth
Ducottet,
linguiste et psychologue de formation, PDG de Thuasne, pr�sidente
du r�seau industriel europ�en d�innovation du textile et de
l�habillement (R2ITH), membre �lue de la Chambre de commerce
et d�industrie de Paris.
L’ancrage dans un territoire et dans une patrie est
fondamental pour une entreprise. En effet, le projet entrepreneurial
comme le développement de tout individu nécessite
la construction d’une identité forte. L’historique
de mon entreprise et son développement
illustrent ce propos.
Le travail, cause nationale
Lorsque j’ai reçu en héritage la présidence
du groupe de textile Thuasne, ce secteur industriel était
sinistré. J’étais en outre une femme,
littéraire de formation. La situation ne se présentait
donc pas à mon avantage. Pourtant, mes collaborateurs
de l’époque ont su m’accorder leur confiance
et je les en remercie aujourd’hui. L’aventure
humaine a ainsi été essentielle et montre que
l’entreprise est au coeur de l’épanouissement
des femmes et des hommes. Nous devons faire en sorte que ceci
reste toujours vrai sur le terrain. Actuellement, nous ne
pouvons ignorer l’existence de certaines difficultés.
L’inégalité entre les individus accédant
à un travail et ceux qui en sont exclus doit retenir
toute notre attention. De nombreux jeunes diplômés,
faute d’une adéquation suffisante entre l’enseignement
qu’ils ont suivi et les réels besoins en compétence
des entreprises, restent à l’écart du
monde du travail et se sentent exclus de la société.
La déception est d’autant plus grande que ces
jeunes finissent par se rendre compte que, contrairement à
ce qu’ils imaginaient, diplôme ne rime plus forcément
avec emploi. Ceci est un problème majeur pour les prochaines
décennies. Le travail doit devenir une cause nationale.
L’Europe des entrepreneurs est en
marche
Pour redonner sens à l’engagement dans et pour
l’entreprise, quelques nouvelles attitudes paraissent
pertinentes à adopter. Il s’agit de cultiver
dans nos entreprises le doute et l’étonnement,
d’ouvrir au grand public la porte des entreprises pour
mieux l’informer sur les réalités de l’économie
et le métier d’entrepreneur, d’afficher
notre volonté de vivre dans une Europe forte, porteuse
d’avenir.
Le débat sur le traité constitutionnel peut
illustrer ce propos. Certes, la France a dit “non”
le 29 mai 2005. Pour autant, le désir d’Europe
et d’ouverture vers l’extérieur des Français
ne s’est pas tari. Pour preuve, nous venons de lancer
une plate-forme technologique européenne dans le secteur
du textile. Nous avons mis en route des ateliers auxquels
nous avons convié des entreprises textiles de toute
l’Europe. Et parmi les pays les plus représentés,
la France est arrivée en tête avec 30 entreprises
présentes au rendez-vous. Si l’Europe politique
se fait attendre, l’Europe des entrepreneurs est en
marche. |
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Pierre
Kosciusko-Morizet,
fondateur et PDG de PriceMinister, dipl�m� d�HEC, parrain
de la promotion 2006 d�HEC entrepreneurs.
Pour accroître la performance et le rayonnement de la
France, nous devons imaginer un modèle de croissance
et de productivité français, européen,
voire mondial. Cessons, comme le font de nombreux chefs d’entreprise
ou certains journalistes, de faire systématiquement
référence au système de réussite
à l’américaine. Sur ce point, les esprits
doivent évoluer. Valoriser l’entreprise et relancer
l’Europe me semblent être deux points clés
sur lesquels il faut s’appuyer pour inventer ce nouveau
modèle de croissance.
Développer la culture économique
Nous créons trop peu d’entreprises en France.
Je crois que cela renvoie à une des caractéristiques
de notre mentalité qui, au fil du temps, privilégie
l’assistance à l’audace, la protection
plutôt que l’aventure, le repli davantage que
l’ouverture. Changer les mentalités est un processus
qui s’inscrit dans le long terme. C’est la raison
pour laquelle il faut investir dans l’éducation,
dans un enseignement qui forme moins d’imitateurs et
davantage d’innovateurs. Nous ne faisons pas assez de
pédagogie sur les entreprises dans les manuels de cours.
Cette mise à l’écart de l’entreprise
comme des entrepreneurs par les pédagogues et les enseignants
est en grande partie à l’origine de la dichotomie
entre le public et le privé, entre les fonctionnaires
et les salariés d’entreprise, entre le chef d’entreprise
et tous les autres. Ces clivages catégoriels sont à
dépasser. Faute d’une culture économique
solide, la majorité de nos concitoyens s’illusionnent
sur les réalités économiques et financières
de notre pays.
Relancer l’Europe
A court terme, nous pouvons inciter à la création
et au développement d’entreprises par des aides,
encore insuffisantes aujourd’hui. Plus important encore
pour l’emploi, il faut favoriser la croissance de nos
entreprises afin qu’elles atteignent la taille critique
nécessaire pour s’attaquer aux marchés
étrangers et investir dans la recherche et le développement.
Les sociétés françaises grandissent moins
vite que les firmes chinoises ou américaines en raison
d’un marché local trop étroit. Du fait
aussi de la difficulté d’accès des entreprises
françaises à la Bourse et à une valorisation
financière importante, celles-ci finissent pas être
rachetées par des groupes étrangers, notamment
américains. A cet égard, l’Europe doit
être perçue comme un marché domestique,
comme une base arrière facilitant la prise de risque
sur d’autres continents.
La construction européenne doit donc être rapidement
relancée. La France a une lourde responsabilité.
Après avoir été l’un des bâtisseurs
de l’Europe communautaire, elle a dit non à l’Europe
constitutionnelle. Il est temps, maintenant, de reprendre
l’initiative, de redonner un sens à notre Europe. |
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