Les enjeux planétaires, le développement
durable et les risques pour l’humanité ne sont
plus seulement l’apanage du Monde Diplomatique. Chaque
citoyen est aujourd’huiconscient de la dimension globale
des problèmes. Personne ne peut faire abstraction des
questions climatiques, écologiques, démographiques
ou énergétiques dans toute analyse du développement
économique et social de l’Hexagone. Notre destin
national est lié à celui de la planète.
La globalisation, formidable outil de
rééquilibrage économique
Comment prendre en considération ce phénomène
de globalisation ? Malgré la réalité
du sousdéveloppement
et de la pauvreté persistante, la globalisation est,
tout d’abord, un formidable outil de rééquilibrage
économique. Il y a de nouveaux arrivants à la
table du développement qui veulent avoir leur place
et la trouvent. L’Inde n’est pas seulement constituée
de centres d’appels ou d’industries de transformation.
Aujourd’hui, ce pays possède ses propres laboratoires
de recherche et des acteurs économiques de premier
plan. Il en va de même pour d’autres géants
comme la Chine et le Brésil. Par conséquent,
la vision tiers-mondiste de la globalisation, pratiquée
par les membres d’Attac et José Bové,
est aujourd’hui datée. Elle se prétend
généreuse alors qu’elle est paternaliste.
Elle prend toujours pour exemple l’Afrique sans prendre
en compte les autres pays du monde. Par ailleurs, cette vision
nie les changements. Or, la France participe d’un système
global qui accueille de nouveaux arrivants extrêmement
dynamiques.
Cette globalisation est elle-même soutenue par un certain
nombre d’outils : la techno-science, les biotechnologies,
l’Internet, la conquête spatiale, jouent un rôle
moteur dans le développement mondial. Enfin, l’exploration
de notre système solaire et plus largement de l’univers
nous renseigne sur nos origines et renouvelle sans cesse notre
vision du monde.
Cette perception globalisée du monde accentue le choc
des cultures. La globalisation a facilité le transport
des biens, des services, des capitaux mais aussi celui des
personnes. L’émergence des technologies de l’information
a soutenu ce processus. Les populations défavorisées
du globe ont maintenant accès, par la télévision
ou l’Internet, aux images de nos modes de vie occidentaux.
L’attrait des pays industrialisés provoque ainsi
des pressions migratoires fortes du Sud vers le Nord, pouvant
être des facteurs de chocs culturels forts.
Réhabiliter le futur
Par ailleurs, la globalisation a exacerbé les tensions
entre les visions à court terme et celles à
long terme.
Certes, le court terme a sa valeur. Il représente le
temps des décisions, celui où nous engrangeons
les résultats indispensables pour voir à long
terme. Mais cette vision fait aussi perdre le sens des grands
enjeux liés à l’avenir. Or ce “court-termisme”
est aujourd’hui accentué par la course à
l’information, la frénésie de consommation
de l’actualité et la communication mondialisée.
Il devient alors difficile de se projeter dans le futur, sauf
d’une manière purement fictionnelle.
Il est donc nécessaire de remettre sur le devant de
la scène la notion de long terme dans la prise de décision,
aussi bien dans les secteurs politiques, économiques
que sociaux.
Dans quels domaines doit-il alors y avoir des investissements
à long terme ? Sans aucun doute, nous devons
les concentrer, en premier lieu, dans l’enseignement.
Le développement du secteur de la recherche en dépend.
Aujourd’hui, notre société s’appuie
sur la techno science mais il est difficile d’avoir
dans le secondaire des élèves qui s’orienteront
vers des études scientifiques. Dans les premières
années d’université scientifique, nous
voyons arriver des jeunes très faibles en mathématiques.
Cela implique que des décisions à long terme
soient prises dès le collège afin de remédier
à cette situation. Des démarches similaires
doivent également être engagées dans le
secteur des marchés financiers. Un certain nombre de
jeunes économistes redécouvrent la problématique
de la rentabilité des investissements à long
terme. Enfin, au niveau sociétal, les citoyens auront
à prendre davantage en considération certaine
valeurs, comme celle du travail, même si cela heurte
leur propension à l’hédonisme.
Notre pays possède des atouts non négligeables
et la France avance en dépit de ses lourdeurs bureaucratiques,
de ses résistances au changement, de sa nostalgie.
Mais la question n’est pas tant celle d’avancer
que de savoir dans quel sens se diriger. Sachons puiser dans
nos traditions la force nécessaire à notre modernité
et cultiver la singularité de notre identité
pour mieux vivre dans notre monde définitivement globalisé.