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Monde fini ou nouvelles frontières/Les actes de la10�me Universit� d'�t� (2006)
chapitre "Les inégalités menacent-elles le développement durable ?" :
 
 
Peut-on faire mieux avec moins ?

Robert Lion, inspecteur g�n�ral des finances, pr�sident de l�ONG �Agrisud international�, pr�sident d�Energy 21, senior advisor du �Global environnement facility�, membre du Conseil de la Terre, membre du Conseil national du d�veloppement durable.

Paul Valéry avait raison quand il écrivait en 1931 “Le temps du monde fini commence”. Nous sommes dans un monde fini en termes de ressources. Le modèle de consommation occidental n’est ni durable ni extensible à l’ensemble de l’humanité. Le développement des pays d’Afrique et d’Asie pèsera sur les équilibres écologiques et vitaux de la planète. Entre 2000 et 2050, la population africaine va tripler. Même si son niveau de vie reste faible, elle va exercer une pression gigantesque sur la ressource énergétique et augmenter les dégâts écologiques. Un rationnement énergétique doit nécessairement être mis en place en Occident. Sans toucher à notre mode de vie, il est possible de réduire de 30% la consommation d’énergie d’ici les années 2025-2030.


Consommer autrement, un vrai projet de société
Après le premier choc pétrolier, en 1973, la France a su découpler la croissance économique de la consommation d’énergie. Durant dix ans, jusqu’au contre choc pétrolier, la production a beaucoup augmenté alors que la consommation d’énergie est restée stable. Avec des slogans comme « La France n’a pas de pétrole mais elle a des idées », la première agence pour les économies d’énergie a su mobiliser toute l’opinion. De nouvelles professions se sont créées chez les plombiers et les chauffagistes. En cinq ans, la consommation de chauffage a été réduite d’un tiers dans 900 000 HLM. Aujourd’hui, il serait opportun de relancer une telle campagne. Un changement de notre mode de vie, avec pour objectif une baisse de notre consommation et de nos rejets, est devenu incontournable. La solution est d’en faire un projet de société à la manière des Scandinaves. Sinon nous subirons chaque crise de plein fouet.


Donner aux peuples du monde l’accès aux biens publics
Par ailleurs, nous ne devons pas négliger l’impact négatif des inégalités sociales, géographiques, culturelles ou économiques. Rien n'est plus dangereux que les écarts dans l’accès à un certain nombre de biens publics comme la santé, l’éducation ou l’eau et plus largement dans la possibilité de conduire soi-même son destin. Ces inégalités alimentent la frustration et la violence et sont un terreau pour le terrorisme. Le développement
durable tente ainsi d’apporter une réponse à cette situation qui, à mon sens, va en s’aggravant.

Enfin, certaines populations dont les richesses sont exploitées par des tiers n’ont pas un niveau de vie suffisant pour entrer dans la logique du développement durable. Prenons l’exemple de l’Afrique. Beaucoup de pétrole y est exploité mais peu d’or noir est raffiné et distribué sur place. Le pétrole va souvent de pair avec une énorme augmentation des inégalités. Ainsi lorsque l’OCDE annonce une augmentation du PNB en Afrique, elle se traduit souvent, pour une grande partie de la population, par l’aggravation des inégalités. L’enrichissement en haut de l’échelle sociale n’a aucun impact sur le bas. C’est hélas le cas dans beaucoup de régions du monde.

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