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| chapitre "Les
inégalités menacent-elles le développement
durable ?" : |
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Les entrepreneurs, porteurs de l'intérêt
général
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Renaud
Dutreil, ministre
des PME, du commerce, de l'artisanat et des professions lib�rales.
Je tiens à remercier Jean-François Bernardin
de son invitation à la 10e Université d’été
des CCI. Les Chambres de commerce et d’industrie ont
su moderniser leur réseau et le mener vers davantage
d’efficacité et de visibilité en réconciliant
la logique du profit et la logique d’intérêt
général qui fonde la démocratie. En
abordant cette thématique du développement
durable, je ne peux m’empêcher d’évoquer
les années 70 et de penser aux enjeux des prochaines
élections présidentielles.
Croissance zéro ou infinie croissance ?
A l’époque, la théorie du Club de Rome
connue sous l’appellation “croissance zéro”
séduisait un grand nombre d’intellectuels.
Elle consistait à dire qu’en consommant la
Terre comme une matière première, nous finirions
par la détruire. Comme il n’existe pas de planète
de rechange, nous devions ainsi impérativement opter
pour un autre modèle de croissance. Cette théorie
a longtemps bénéficié d’un soutien
assidu.
Face à elle, une autre théorie tenait le devant
de la scène : celle de la croissance économique.
Nous pourrions la résumer par la phrase de Keynes
: “A long terme, nous serons tous morts”. Pendant
longtemps, les politiques macro-économiques à
courte vue ont été les seuls guides. Il fallait
maintenir le moteur économique en y injectant du
pouvoir d’achat, de l’investissement, de la
demande intérieure et extérieure. Ces deux
modèles se sont affrontés. Depuis, les choses
ont changé.
Il est aujourd’hui possible d’inventer un modèle
économique complètement nouveau, avec une
perspective de croissance infinie, grâce à
l’intelligence. En effet, un certain nombre de secteurs
relèvent de la pure intelligence et de la croissance
immatérielle et ne consomment ni énergie,
ni matériaux épuisables. Dans les domaines
des télécommunications, de la création,
des activités de loisirs par exemple, certaines grandes
entreprises contribuent à une croissance que nous
pouvons imaginer infinie. Le succès de la romancière
J. K. Rowling, auteur de “Harry Potter” , est
une autre illustration de ce modèle. Son héros
imaginaire a participé à la croissance britannique
de façon non négligeable. C’est une
pure réussite économique totalement immatérielle,
dont la valeur ajoutée, née d’un cerveau,
est parvenue à séduire des millions de personnes
dans le monde entier. Aujourd’hui, l’économie
est mondialisée, elle n’est plus limitée
à l’Europe et aux Etats-Unis. Face à
la concurrence, il ne nous est plus permis de rester généraliste.
Nous devons nous réorienter vers les activités
économiques les plus performantes, les plus innovantes
et les plus propres à notre identité française.
L’aura du développement durable
Si nous devons nous pencher sur un autre modèle de
croissance économique, il est intéressant
de souligner que le concept de développement durable
a, en France, une aura toute particulière. Le Président
de la République a une réelle autorité
dans le monde sur ce sujet, qu’il s’agisse de
la protection de l’environnement, des ressources rares,
de la faune, de la flore ou de la réduction des déséquilibres
entre les pays riches et les pays pauvres. Cette autorité
est un atout pour un certain nombre d’entreprises.
Véolia a en partie gagné des marchés
dans les pays émergents grâce à l’excellente
réputation de la France sur des sujets comme le traitement
de l’eau. Il est d’ailleurs impossible d’aborder
la question de l’eau potable sans évoquer celle
du service public. La France a toujours cultivé ce
sens de l’intérêt général
et de l’avenir dans un certain nombre de secteurs,
et notamment celui de l’eau. De même, le débat
sur la privatisation de Gaz de France permettra peut-être
de montrer que nous avons une vision économe de l’énergie.
Le commerce, facteur de développement durable
De manière plus prosaïque, je crois que nous
pouvons aussi faire du développement durable par
les activités de commerce.
Le commerce équitable est un premier exemple. En
achetant autrement, équitablement, les consommateurs
se sentent en quelque sorte dépositaires du devenir
de la planète. Le produit ainsi acheté, même
s’il est parfois plus cher qu’un produit standard,
ne remplit plus seulement une fonction d’usage. Il
prend une portée citoyenne et civique. Dans ce domaine,
les Français ont apporté leur pierre même
s’ils n’étaient pas vraiment en avance.
Les Suisses ont été les premiers clients du
commerce équitable. En revanche, la France est le
seul pays d’Europe à apporter une garantie
d’Etat au commerce équitable afin qu’il
ne soit pas exploité à des fins mercantiles.
Une commission nationale veille à ce que les produits
vendus en France soient réellement équitables.
Elle vérifie que les paysans et les producteurs en
bout de chaîne sont bien rémunérés
selon les critères de cette valeur nouvelle.
L’urbanisme commercial pourrait également être
une autre manière de soutenir un mode de développement
durable. J’ai toujours été frappé
par le contraste entre le coeur des villes françaises
et leurs zones commerciales. Les centres-villes sont soignés,
les façades ravalées, les monuments historiques
mis en valeur. A quelques centaines de mètres, c’est
le cauchemar des zones commerciales hideuses, construites
à la va-vite, sans aucun souci du vieillissement
de l’architecture ni de la préservation du
paysage. Dans ce domaine, les pouvoirs publics peuvent et
doivent intervenir. Or la législation actuelle n’a
pas porté ses fruits. Alors que la loi Royer était
censée réguler les implantations commerciales,
la surface des grands magasins va tripler dans les dix ans
à venir. Il est impératif que nous instaurions
un nouveau système. J’ai ainsi proposé
au réseau des Chambres de commerce et d’industrie
de travailler à une nouvelle législation sur
l’urbanisme commercial qui intègrerait trois
critères de développement durable.
Tout d’abord, nous devons contribuer à la lutte
contre l’effet de serre. Le bâti et le transport
sont les deux sources principales de pollution par les gaz
carboniques. Nous pourrions construire des bâtiments
commerciaux respectant les critères de haute qualité
environnementale et de haute qualité énergétique
afin de moins polluer. D’autre part, il est nécessaire
d’améliorer le traitement visuel des bâtiments.
Nous pouvons nous inspirer des exemples scandinaves ou anglo-saxons
en nous souciant des matériaux utilisés, de
l’architecture, de son insertion dans le paysage,
des espaces verts, de l’accueil, etc. Nous pouvons,
pour y parvenir, rapprocher deux démarches jusqu’à
présent séparées dans la loi : le permis
de construire qui porte sur le bâtiment et l’autorisation
d’urbanisme commercial qui porte sur la surface. Marier
ces deux démarches permettrait d’avoir un traitement
du bâtiment et de son environnement beaucoup plus
positif qu’aujourd’hui.
Enfin, nous devrons réconcilier les coeurs de ville
et leur périphérie en faisant en sorte que
les centres-villes ne deviennent plus des déserts
commerciaux occupés principalement par des banques,
des assurances et quelques opticiens. Peu à peu,
ce qui fait la richesse et la couleur des coeurs de ville
disparaît. Ce phénomène est principalement
lié au manque de moyens financiers et au stationnement
devenu extrêmement cher. Pour y remédier, nous
devons créer un système qui agisse sur le
foncier, sur le stationnement, sur l’accueil, mais
aussi sur le développement des commerces en périphérie
pour rendre le centre-ville de nouveau attractif.
Ces quelques exemples montrent bien que le commerce peut
devenir un facteur clé du développement durable.
Les entrepreneurs, porteurs de l’intérêt
général
Les deux exemples précédents, celui du commerce
équitable et de l’urbanisme commercial, ont
montré que le développement durable est une
idée généreuse pouvant être conciliée
avec l’esprit d’entreprise. Certes, les hommes
politiques, les intellectuels, les sociologues tentent de
savoir ce qui se passera demain. Mais ce sont souvent les
entrepreneurs qui concrètement fabriquent l’économie
et la société futures. Je suis persuadé
qu’ils seront les plus en pointe sur la construction
d’un monde plus propre, plus juste et plus protecteur
de l’environnement. Nous en avons la preuve tous les
jours. Ils sont à l’origine d’un très
grand nombre d’innovations, que ce soit dans le domaine
de la santé, des services, de la formation ou des
technologies.
Ces derniers temps, l’image des entrepreneurs a été
sérieusement écornée. Un certain nombre
de dirigeants de groupes du CAC 40 s’étant
dotés de parachutes de dizaines de millions d’euros
ont suscité l’indignation de nos concitoyens.
Il est, à ce propos, impératif de faire la
différence entre les entrepreneurs et les managers.
Les entrepreneurs créent ou reprennent une entreprise
et la développent. Quand ils cèdent leur entreprise,
il est juste qu’ils engrangent une plus value à
la hauteur du risque entrepreneurial qu’ils ont su
prendre. Ils méritent un soutien absolu de la part
des pouvoirs publics. En revanche, les managers, qui arrivent
dans une grande entreprise en tant que salarié, restent
quatre ou cinq ans puis, ayant échoué, repartent
avec une récompense de plusieurs dizaines de millions
d’euros, ne peuvent bénéficier de la
même considération. Ces phénomènes
choquent les Français et je partage leur sentiment
à cet égard. Néanmoins, si nous devons
porter un regard juste sur les excès du capitalisme,
il est aussi juste de reconnaître au capitalisme ses
vertus en termes de création de richesse, d’innovation
et de liberté. Les entrepreneurs ne sont pas les
ennemis de l’intérêt général.
Le pays a souffert durant trop longtemps d’un énorme
poids qui a écrasé l’esprit d’entreprise.
Ensemble, nous sommes parvenus à le réveiller.
Actuellement, 230 000 entreprises sont créées
chaque année, contre 175 000 il y a 6 ans.
Plus que jamais nous devons mettre les entrepreneurs au
coeur d’un projet de société. Il s’agira
de rechercher l’efficacité économique
pour notre pays tout en intégrant des critères
d’intérêt général de plus
en plus nombreux comme l’éducation, l’équité
sociale ou la protection de l’environnement.
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