Christian
Balmes, PDG
de Shell/France, dipl�m� de l�Ecole des mines de Paris et
de l�ESSEC, membre �lu de la Chambre de commerce et d�industrie
de Paris.
La profession pétrolière réalise actuellement
des profits élevés grâce au développement
économique de la planète et aux tensions géopolitiques.
Paradoxalement, alors que ces bénéfices nous
sont reprochés, les gouvernements et l’opinion
publique nous demandent de sécuriser leur approvisionnement.
Nous devons développer les réserves traditionnelles,
découvrir de nouveaux gisements, créer des énergies
propres et renouvelables. Ces recherches, qui sont de plus
en plus onéreuses, nécessitent de débloquer
des masses financières considérables. Pour preuve,
sur les 25 milliards de dollars de profit enregistrés
par Shell en 2005, 21 milliards seront réinvestis en
2006.
Utiliser l’énergie fossile de manière
intelligente
La demande en énergies primaires dans le monde va augmenter
de moitié d’ici 2030 et devrait doubler d’ici
2050. 75% de ces besoins seront satisfaits par des énergies
d’origine fossile (charbon, gaz, pétrole). La
problématique actuelle n’est ainsi pas tant de
développer de nouvelles formes d’énergies
que d’utiliser l’énergie fossile de manière
intelligente en consommant moins. Plus nous assurerons un
bon développement
de ces économies d’énergie, plus nous
permettrons à la planète de rester en bon état.
Pour atteindre cet objectif, il s’agit tout d’abord
de développer des technologies de captation du carbone.
Il convient également de construire un dialogue permettant
aux sociétés d’État d’avoir
accès à ces réserves. En effet, il faut
savoir que les entreprises d’énergie n’ont
accès qu’à 10% des réserves, le
reste (90%) étant aux mains des États producteurs.
Innover pour réduire l’émission des gaz
à effet de serre
Par ailleurs, l’opinion publique et les gouvernements
nous incitent à mettre en oeuvre des solutions énergétiques
durables. Plus globalement, la tendance est à l’intégration
des dimensions sociales, environnementales et économiques.
Nous étudions la faisabilité de telles politiques.
A cet égard, il est important de souligner deux aspects.
Tout d’abord, la mise en place de politiques de développement
durable au sein des entreprises ne peut se faire que si ces
mêmes entreprises enregistrent des bénéfices.
Par ailleurs, en matière d’environnement nous
devons prendre des engagements sérieux sur le long
terme, en investissant par exemple sur les processus industriels
de réduction des émissions de gaz à effet
de serre.
Il est important de souligner que de tels processus ont des
impacts économiques lourds sur la vie des entreprises
et sur les politiques publiques. De ce point de vue, l’écart
entre les pays riches et les pays pauvres se creuse. Pour
stabiliser le bilan énergétique en 2030, nous
devons investir des centaines de milliards de dollars par
an. Pour les pays riches, cet investissement représente
entre 0,5 et 1% de leur PIB. Il revient à 5 % du PIB
de l’Union soviétique. Ce pourcentage est beaucoup
plus important pour les pays pauvres qui se trouvent, dès
lors, confrontés à des choix dramatiques.