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| chapitre "Epuisement de la Terre et multitude des hommes, jusqu'o� ?"
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A quoi ressemblera le climat de demain ?
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Hervé le Treut,
climatologue, directeur du Laboratoire
de météorologie dynamique (CNRS), professeur à
l’Ecole polytechnique, membre de l’Académie
des sciences.
Publication
: “L’effet de serre. Allons-nous changer
le climat ? “ Flammarion 2004.
La modélisation du climat est un enjeu majeur pour
la compréhension et l’évolution des
phénomènes naturels. Il s’agit d’un
des outils d’analyse du climat terrestre développé
depuis les années 1970 grâce à l’observation
satellitaire. Cette modélisation permet de reconstituer
les mouvements météorologiques et climatiques
du globe, sous l’effet des lois de la physique. La
fiabilité de ce modèle découle de l’amélioration
des capacités de calcul.
Un changement climatique d’une
rapidité sans précédent
Sans conteste, ce type de modélisation apportera
des informations clés quant au phénomène
du réchauffement climatique lié à l’effet
de serre. Moins de 1% de la masse de l’atmosphère
piège la chaleur auprès du sol et rend la
planète habitable. Si les gaz à effet de serre
(GES) augmentent dans l’atmosphère, le réchauffement
du globe sera inéluctable. Malgré tout ces
trente dernières années, des doutes ont pu
être émis concernant la pertinence de cette
perspective, sachant que le système naturel paraissait
développer des capacités de résistance
à l’effet de serre. Les modèles de reconstitution
des phénomènes climatiques ont néanmoins
démontré que le globe est bien en phase de
réchauffement et réagit effectivement à
l’accroissement de la production de gaz à effet
de serre.
Depuis 5 000 ans, les civilisations occidentales se sont
développées dans un environnement d’une
stabilité remarquable du point de vue climatique.
Or, cette période est en train de s’interrompre
de manière relativement brutale. Certes, la planète
a déjà connu des niveaux de CO2 plus élevés
que ceux d’aujourd’hui, mais l’évolution
de la production des gaz à effet de serre n’a
jamais été aussi rapide par le passé.
Ces gaz sont majoritairement émis par les pays développés
en raison des rejets très importants de CO2.
L’ensemble des activités privées de
transport individuel est concerné par ce phénomène.
Ainsi, un Européen émet chaque année
deux à trois tonnes de gaz carbonique contre six
ou sept pour un Américain. Par comparaison, un Chinois
produit une demi-tonne de CO2, ce qui constitue le seuil
limite pour laisser le système naturel dans un état
durable. Il est donc à noter que la diversité
d’émission varie de manière considérable
suivant les habitants de la planète.
L’amplitude des conséquences climatiques dépend
des quantités de gaz carbonique émises. Les
conséquences elles-mêmes varient suivant la
localisation des populations : elles sont plus importantes,
en matière thermique dans les hautes latitudes et
en matière hydrique dans les régions du Sud.
L’Arctique fond
Qu’en est-il donc pour l’avenir ? Le premier
effet direct de la surproduction de gaz à effet de
serre est un réchauffement climatique généralisé
à l’échelle terrestre. La température
moyenne de la planète est un indice de fonctionnement
global assez stable. Entre un climat glaciaire et le climat
actuel, cinq degrés Celsius d’écart
ont été relevés. Dire que la température
globale de la planète va monter de 2 à 6 degrés
suivant les scénarios d’émission de
gaz à effet de serre est donc considérable.
Il s’en suivra un dérèglement massif
du climat. Dans les régions du Nord, le changement
se manifestera par un réchauffement accru : l’Arctique
est déjà en train de fondre.
Dans le Sud le schéma se présente différemment
: la température va augmenter un peu moins fortement.
Globalement, ces fontes de glace vont déclencher
des processus hydriques très divers.
D’autres conséquences majeures sont à
prévoir. Les régions pluvieuses actuelles
vont être soumises à des phénomènes
de pluviosité plus intense ; les régions semi
arides courent des risques de désertification plus
importants ; enfin, le niveau des mers va se relever. Celui-ci
s’élève déjà de 3 mm par
an contre 1 mm au cours du XXe siècle. Ceci est lié
à la dilatation des océans et à la
fonte des glaciers de montagne, deux phénomènes
pouvant être accélérés par la
fonte de l’Antarctique et du Groenland.
L’ensemble de ces prévisions est consigné
dans le rapport du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental
sur l'Evolution du Climat). Le rôle du GIEC est "d'expertiser
l'information scientifique, technique et socio-économique
qui concerne le risque de changement climatique provoqué
par l'homme". Ce rapport est voté en Assemblée
générale par les représentants des
pays membres des Nations Unies. Il correspond au meilleur
état possible de la science.
Cependant, le système climatique n’étant
pas complètement prévisible, des conséquences
plus graves que celles émises par le rapport sont
à craindre.
Choisir un autre développement
Quoi qu’il en soit, une réaction de l’ensemble
de la communauté internationale s’impose. Un
seul exemple peut être cité à l’appui
: les chiffres de la croissance des gaz à effet de
serre montrent que les contributions de l’Inde, de
la Chine ou du Brésil sont en train de rattraper,
voire de dépasser, celles des pays occidentaux. La
responsabilité collective des pays industrialisés
est donc considérable. Si, dans l’avenir, aucune
tentative n’est menée en vue de convaincre
des pays comme la Chine d’emprunter un développement
le plus sobre possible, les bouleversements climatiques
hypothèqueront le devenir même de la planète.
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