Philippe Chalmin, �conomiste, agr�g� d�histoire, professeur associ� � l�Universit�
de Paris-Dauphine, chroniqueur �conomique, fondateur de l�Observatoire des march�s
mondiaux de mati�res premi�res �Cyclope�.
Publication
: �Le si�cle de toutes les esp�rances� Belin 2005.
L’énergie fossile (pétrole, gaz naturel
et charbon) est rare. Les horizons de réserves, fondés
sur la consommation actuelle et l’état de la
recherche géologique, sont de 40-50 ans pour le pétrole,
70-80 ans pour le gaz naturel, 200-300 ans pour le charbon.
Malgré ces dates butoirs il est nécessaire de
ne pas sombrer dans un pessimisme tous azimuts : les hommes
ont en effet toujours su s’adapter et rebondir, notamment
grâce à l’évolution des techniques.
Le spectre de la pénurie
L’histoire récente a confirmé ce constat.
Dans les années 1970, un rapport du Club de Rome, intitulé
“Halte à la croissance”, prévoyait
l’arrêt de l’exploitation du pétrole
pour la fin du siècle dernier. Le choc pétrolier
de 1973 a paru confirmer ces prévisions alarmistes.
L’analyse faite à l’époque paraissait
logique et était fondée sur un constat : suite
à la longue période de croissance économique
des Trente Glorieuses, les prix du pétrole étaient
extrêmement faibles. La première crise pétrolière
a fait prendre conscience aux hommes de la rareté des
ressources. Des thèmes tels que “l’arme
du pétrole” et “l’arme alimentaire”
sont alors apparus. En outre, les productions ont augmenté
et les consommations se sont réduites. Résultat
: un contre choc pétrolier a eu lieu et l’intérêt
des peuples et des dirigeants politiques concernant l’avenir
énergétique de la planète s’est
amoindri.
Le pétrole cher,
une chance pour la planète ?
Aujourd’hui, les tensions sur les ressources énergétiques
revêtent un caractère similaire à celui
du début des années 1970. Une nouvelle prise
de conscience de la rareté, sur fond de prédictions
millénaristes, renaît au niveau mondial. Cet
hiver, les prix du pétrole ont flambé, suivant
la loi de l’offre et de la demande. Néanmoins,
par là même, le marché fait preuve de
rationalité à moyen terme. En effet, le pétrole
est une énergie fossile dont l’épuisement
est prévu pour la fin de ce siècle. D’autre
part, le pétrole est également une énergie
polluante. Par conséquent il n’est pas illogique
de penser que le marché, en surévaluant les
prix des consommations de pétrole, provoque en retour
un futur changement de nos comportements en matière
énergétique.
Dans le courant du siècle, la planète connaîtra
un “pic oil”. A ce moment, la production de pétrole
sera maximale avant de diminuer progressivement. Les prix
de la ressource pourront alors atteindre 80 dollars le baril,
voire bien davantage. Il sera ainsi nécessaire de faire
appel à davantage d’énergies renouvelables
afin de faire face à cette situation. L’utilisation
des 10 milliards de tonnes de déchets produits chaque
année constituera, sans aucun doute, une solution pertinente.
D’une certaine manière, le marché fournit
aux hommes des clés pour la gestion future des ressources
énergétiques.