Retour à l'historique

Monde fini ou nouvelles frontières/Les actes de la10�me Universit� d'�t� (2006)
chapitre "Epuisement de la Terre et multitude des hommes, jusqu'o� ?" :
 
 
L'énergie rare : à quels bouleversements géopolitiques faut-il s'attendre ?

Philippe Chalmin, �conomiste, agr�g� d�histoire, professeur associ� � l�Universit� de Paris-Dauphine, chroniqueur �conomique, fondateur de l�Observatoire des march�s mondiaux de mati�res premi�res �Cyclope�.
Publication : �Le si�cle de toutes les esp�rances� Belin 2005.


L’énergie fossile (pétrole, gaz naturel et charbon) est rare. Les horizons de réserves, fondés sur la consommation actuelle et l’état de la recherche géologique, sont de 40-50 ans pour le pétrole, 70-80 ans pour le gaz naturel, 200-300 ans pour le charbon. Malgré ces dates butoirs il est nécessaire de ne pas sombrer dans un pessimisme tous azimuts : les hommes ont en effet toujours su s’adapter et rebondir, notamment grâce à l’évolution des techniques.

Le spectre de la pénurie
L’histoire récente a confirmé ce constat. Dans les années 1970, un rapport du Club de Rome, intitulé “Halte à la croissance”, prévoyait l’arrêt de l’exploitation du pétrole pour la fin du siècle dernier. Le choc pétrolier de 1973 a paru confirmer ces prévisions alarmistes. L’analyse faite à l’époque paraissait logique et était fondée sur un constat : suite à la longue période de croissance économique des Trente Glorieuses, les prix du pétrole étaient extrêmement faibles. La première crise pétrolière a fait prendre conscience aux hommes de la rareté des ressources. Des thèmes tels que “l’arme du pétrole” et “l’arme alimentaire” sont alors apparus. En outre, les productions ont augmenté et les consommations se sont réduites. Résultat : un contre choc pétrolier a eu lieu et l’intérêt des peuples et des dirigeants politiques concernant l’avenir énergétique de la planète s’est amoindri.

Le pétrole cher,
une chance pour la planète ?

Aujourd’hui, les tensions sur les ressources énergétiques revêtent un caractère similaire à celui du début des années 1970. Une nouvelle prise de conscience de la rareté, sur fond de prédictions millénaristes, renaît au niveau mondial. Cet hiver, les prix du pétrole ont flambé, suivant la loi de l’offre et de la demande. Néanmoins, par là même, le marché fait preuve de rationalité à moyen terme. En effet, le pétrole est une énergie fossile dont l’épuisement est prévu pour la fin de ce siècle. D’autre part, le pétrole est également une énergie polluante. Par conséquent il n’est pas illogique de penser que le marché, en surévaluant les prix des consommations de pétrole, provoque en retour un futur changement de nos comportements en matière énergétique.
Dans le courant du siècle, la planète connaîtra un “pic oil”. A ce moment, la production de pétrole sera maximale avant de diminuer progressivement. Les prix de la ressource pourront alors atteindre 80 dollars le baril, voire bien davantage. Il sera ainsi nécessaire de faire appel à davantage d’énergies renouvelables afin de faire face à cette situation. L’utilisation des 10 milliards de tonnes de déchets produits chaque année constituera, sans aucun doute, une solution pertinente. D’une certaine manière, le marché fournit aux hommes des clés pour la gestion future des ressources énergétiques.
Téléchargez cet article au format pdf (90 ko)